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Le roman épistolaire a quelque chose que les autres formats n’ont pas. Il te prend par surprise. Tu ouvres un livre sans te méfier, tu commences à lire et au bout de quelques pages tu réalises que tu n’es plus vraiment lecteur. Tu es devenu un confident, un témoin, voire un complice.
Une fois qu’on y a goûté, on ne lit plus tout à fait de la même façon. Je te parle de mon format préféré le roman épistolaire, et ce, pour te parler davantage encore de lettres.
Le roman épistolaire : définition simple
Un roman épistolaire est un roman entièrement construit à partir de lettres. Il n’y a pas de narrateur omniscient qui te dit quoi penser. Les longues descriptions en voix off n’existent quasiment plus. Il ne reste que des personnages qui s’écrivent et toi qui lis par-dessus leur épaule.
Le mot vient du latin epistola, qui signifie lettre. Le genre existe depuis le XVIIe siècle, mais il n’a rien perdu de sa modernité, au contraire.

Ce qui change vraiment dans un roman épistolaire
Dans un roman épistolaire, tu es propulsé directement dans la conversation. Dès la première lettre, tu es dans le vrai, dans la relation et dans l’histoire.
Il y a moins de descriptions, plus d’échanges. Tu y trouves beaucoup moins de mises en scène, plus de confidences. Paradoxalement, cette économie de moyens rend les personnages plus vivants, plus proches et plus réels. Tu ne les observes pas de loin. Tu les connais comme on connaît la personne dont on a lu les lettres. Tu lis par-dessus ses épaules.
C’est ce qui rend ce format plus contemporain, même quand il a été écrit il y a deux siècles.
Les Liaisons dangereuses : le roman épistolaire le plus célèbre
Difficile de parler de roman épistolaire sans commencer par là. Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, publié en 1782, est probablement le roman épistolaire le plus lu, le plus adapté et le plus étudié de la littérature française.
L’histoire, tu la connais peut-être : deux aristocrates libertins manipulateurs, le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, s’écrivent pour orchestrer leurs conquêtes et leurs vengeances. Leurs lettres sont des armes. Chaque mot est calculé, chaque confidence est un piège.
Ce qui est fascinant, c’est que le roman épistolaire devient ici un outil narratif parfait pour raconter la manipulation. Tu lis, en effet, les lettres des deux côtés. Tu sais ce que Valmont écrit à Merteuil et ce qu’il écrit à ses victimes. Tu vois l’écart. Tu vois le mensonge et la manipulation en temps réel.
Mémoires de deux jeunes mariées : Balzac et l’amitié féminine
C’est le seul roman épistolaire de toute La Comédie humaine, l’œuvre monumentale de Balzac, qui rassemble plus de 90 romans et 2 000 personnages pour peindre la société française du XIXe siècle.
Mémoires de deux jeunes mariées m’a frappée pour une raison simple : je ne m’ennuyais pas. Pour quelqu’un qui avait parfois trébuché sur les longueurs de La Peau de Chagrin ou du Père Goriot, c’était une surprise.
Deux amies, Louise et Renée, sortent du couvent et prennent des chemins opposés. L’une cherche la passion à tout prix. L’autre construit sa vie avec méthode et raison. Elles s’écrivent pendant quatorze ans. Elles se disent tout : leurs joies, leurs doutes et leurs désillusions. Et toi, lecteur, tu dois choisir ton camp… Balzac l’avouait lui-même : « J’aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée. » Mais au fond, tu n’as pas à choisir : tu peux te reconnaître dans les deux, d’une manière ou d’une autre.
C’est tout ça, le roman épistolaire : c’est vivant, il vieillit autrement.
Ce que j’aime dans l’épistolaire et ce qu’il m’a appris sur l’écriture
J’écris avant tout : des lettres et toutes mes pensées dans mes journaux. Je suis une lectrice du dimanche. Ce que j’aime dans la lecture, c’est le divertissement. Ce sont les conversations, les échanges et Les personnages qui se parlent vrai, qui se cherchent et qui se répondent. Je suis moins fan des longues descriptions qui installent un décor pendant vingt pages.
Ce n’est pas que les descriptions soient inutiles, elles sont nécessaires. Il faut poser le contexte et donner de la chair à l’histoire. Mais il y a un juste milieu. Le roman épistolaire le trouve naturellement, parce que c’est dans la nature d’une lettre d’aller à l’essentiel.
Tu n’écris pas à un ami une description minutieuse de ton salon. Tu lui parles de ce qui s’y passe, de ce que tu ressens et de ce que tu n’arrives pas à dire autrement. L’écriture épistolaire me ressemble ainsi davantage. C’est plus proche de ce que j’ai toujours fait : écrire des lettres comme à mes correspondants enfant. Raconter des histoires à quelqu’un, pas à un lecteur abstrait, à une personne.
C’est peut-être pour ça que Les Lettres entre les lignes ont pris cette forme-là.
Le roman épistolaire aujourd’hui : pas si désuet
On pourrait croire que le genre a vieilli, que les lettres, c’est du passé. Est-ce que plus personne n’écrit à la main ou n’attend le facteur de nos jours?
Et pourtant, le format épistolaire revient, sous d’autres formes : des romans construits en SMS, en e-mails ou même en messages vocaux transcrits. La structure reste la même : des voix qui s’échangent et un lecteur qui les intercepte.
Le fond ne change pas. Ce qui nous touche dans une lettre, réelle ou fictive, c’est la présence d’une voix. Quelqu’un qui s’adresse à quelqu’un d’autre, et toi au milieu, qui écoutes.
Le roman épistolaire n’est pas un genre désuet. C’est un genre intemporel. Il s’adapte aux supports, pas aux modes.

Peut-on écrire un roman épistolaire aujourd’hui ?
Oui et c’est peut-être plus accessible qu’un roman classique, justement parce que les contraintes sont différentes.
Tu n’as pas à tout voir. Tu n’as pas à tout savoir. Tu choisis une voix, ou plusieurs, et tu écris depuis l’intérieur, ce que le personnage sait, ce qu’il cache ou ce qu’il croit. Le lecteur reconstruit le reste.
Deux personnages ne peuvent pas s’écrire de la même façon sinon le roman s’effondre. Chaque lettre révèle la psychologie de celui qui l’écrit : son vocabulaire, ses silences, ce qu’il choisit de taire. Les personnages se construisent à travers leurs mots, pas à travers les yeux d’un narrateur.
Les Lettres entre les lignes : un roman épistolaire que tu reçois par courrier
Avec Les Lettres entre les lignes, tu ne lis pas un roman épistolaire. Tu reçois deux fois par mois une enveloppe mystérieuse et tu entres dans un univers. Des lettres de personnages qui t’écrivent directement, te confient des choses et te laissent des indices. Tu dois lire entre les lignes pour avancer.
L’attente fait partie de l’histoire. Comme elle faisait partie des échanges entre Louise et Renée. Comme elle faisait partie des lettres de Valmont. Comme elle faisait partie de mes échanges avec ma correspondante.
Ça laisse la place à l’imagination. L’attente accroit l’envie de retrouver le lien avec cet objet unique : la lettre, qui dit peu mais raconte tellement en même temps.
Si tu veux en découvrir plus sur le Snail Mail Club et rejoindre l’expérience : la liste d’attente des Lettres entre les ligne est ouverte.
FAQ — Roman épistolaire
Un texte épistolaire est un texte qui prend la forme d’une lettre ou d’un échange de lettres. Il peut être réel (correspondance entre deux personnes) ou fictif (roman épistolaire, où les lettres sont inventées par l’auteur). Le texte épistolaire a ses propres codes : une formule d’appel, un ton personnel, une signature.
Une lettre épistolaire fictive doit sonner vraie. Elle s’adresse à quelqu’un de précis, elle part d’un moment précis et elle a une voix reconnaissable. L’auteur doit se glisser dans la peau du personnage qui écrit, à travers son vocabulaire, ses silences, ce qu’il choisit de dire ou de taire. C’est ainsi un exercice de point de vue autant que d’écriture.
Une relation épistolaire est une relation entretenue par échange de lettres. Elle a son propre rythme, celui de l’attente, de la réponse et de la relecture. Elle implique une forme d’intimité particulière : on écrit des choses dans une lettre qu’on ne dirait pas forcément à voix haute.
Épistolaire vient du latin epistola, lettre. L’adjectif qualifie tout ce qui a trait aux lettres : un roman épistolaire, un art épistolaire ou une correspondance épistolaire. Dans le langage courant, on l’utilise surtout pour désigner le genre littéraire construit à partir d’échanges de lettres.
